On fait réviser sa voiture tous les ans, on surveille sa vue, ses dents, sa peau… mais son cœur ? Les maladies cardiovasculaires restent l’une des premières causes de mortalité, et la plupart s’installent en silence. Un bilan cardiovasculaire réalisé au bon moment permet de les dépister tôt, d’estimer votre risque et, très souvent, d’éviter la complication. Voici à quel âge le faire, ce qu’il comprend, et ce que l’on en tire.

« Je n’ai aucun symptôme, pourquoi consulter ? »

C’est la question que l’on me pose le plus souvent, et c’est justement tout l’intérêt de la prévention : les maladies cardiovasculaires évoluent pendant des années sans donner le moindre signe. L’hypertension ne fait pas mal, un cholestérol élevé ne se sent pas, une plaque d’athérome peut grossir longtemps dans une artère sans symptôme, et une fibrillation atriale peut être totalement silencieuse. Bien souvent, le premier signe est un infarctus ou un AVC.

Or l’essentiel de ce risque est modifiable : cinq facteurs (tension, cholestérol, diabète, tabac et poids) expliquent à eux seuls plus de la moitié des maladies cardiovasculaires survenant en dix ans1. Les repérer avant qu’ils ne se compliquent, c’est la philosophie de mon cabinet : mieux dépister pour mieux prévenir, et mieux prévenir pour mieux traiter.

Pour qui, et à quel âge ?

Les recommandations européennes conseillent d’évaluer le risque cardiovasculaire des hommes à partir de 40 ans et des femmes à partir de 50 ans (ou à la ménopause), même en l’absence de symptôme et de facteur de risque connu2. Cette première évaluation permet de faire le point et de fixer le rythme du suivi.

Plus tôt, si vous avez des facteurs de risque :

  • une hypertension artérielle ;
  • un cholestérol élevé ;
  • un diabète ou un prédiabète ;
  • un tabagisme, actuel ou ancien ;
  • un surpoids ou une sédentarité ;
  • un syndrome d’apnées du sommeil ;
  • un stress important ou prolongé.

Ces facteurs sont détaillés dans l’article sur les facteurs de risque cardiovasculaire.

Quel que soit l’âge, dans certaines situations :

  • des antécédents familiaux : un infarctus, un AVC ou une mort subite chez un parent du premier degré jeune (avant 55 ans chez un homme, avant 65 ans chez une femme), ou une maladie cardiaque héréditaire dans la famille2 ;
  • avant de reprendre ou d’intensifier une activité sportive, surtout après 35 ans ou après une longue période d’arrêt : l’évaluation est recommandée chez les sportifs de plus de 35 ans qui souhaitent pratiquer une activité intense3 ;
  • chez la femme, après une grossesse compliquée (prééclampsie, hypertension, diabète gestationnel), qui signale un risque cardiovasculaire accru pour la suite4 ;
  • en cas de maladie ou de traitement qui retentit sur le cœur, comme certaines chimiothérapies ou une maladie inflammatoire chronique2.

Et bien sûr, en cas de symptômes : douleur thoracique, essoufflement inhabituel, palpitations, malaise. Il ne s’agit plus de prévention, mais d’une consultation à ne pas reporter : voir les symptômes à connaître.

Comment se déroule un bilan au cabinet ?

Le bilan se fait en une seule visite, au même endroit, sans préparation particulière : vous pouvez manger et prendre vos traitements habituels.

1. L’entretien est le temps le plus important : antécédents personnels et familiaux, mode de vie, alimentation, activité physique, sommeil, stress et traitements. Pensez à apporter vos derniers résultats de prise de sang, vos ordonnances et vos anciens examens.

2. L’examen clinique comprend la mesure de la tension aux deux bras, l’auscultation du cœur et des artères, le poids et le tour de taille, et la recherche de signes d’insuffisance cardiaque ou de maladie artérielle.

3. L’électrocardiogramme analyse le rythme et la conduction électrique du cœur, et peut révéler des séquelles d’infarctus passées inaperçues ou une arythmie silencieuse. Une recherche systématique de la fibrillation atriale par la prise du pouls ou un ECG est d’ailleurs recommandée à partir de 65 ans5. Voir Analysons ensemble un électrocardiogramme.

4. L’échographie cardiaque, indolore et sans irradiation, montre la structure du cœur : taille des cavités, épaisseur des parois, force de contraction, fonctionnement des valves. Elle est proposée selon votre profil et vos symptômes plutôt que de façon systématique chez tous.

5. Les examens complémentaires, si besoin :

  • un Holter rythmique, pour enregistrer le rythme cardiaque sur 24 heures ou plus ;
  • une MAPA, pour mesurer la tension sur 24 heures en conditions de vie réelle : en cas de tension limite, elle permet notamment de démasquer une hypertension masquée6 (voir l’article sur l’hypertension) ;
  • un test d’effort, pour évaluer le cœur à l’effort ;
  • un Doppler vasculaire, pour rechercher des plaques d’athérome dans les artères du cou ou des jambes ;
  • une polygraphie ventilatoire, pour dépister une apnée du sommeil.

Une prise de sang est aussi prescrite si elle est récente ou manquante : bilan lipidique (avec le LDL-cholestérol), glycémie, fonction rénale2. Retrouvez le détail de tous les examens.

Le bilan cardiovasculaire de prévention
Le parcours du bilan cardiovasculaire de prévention au cabinet Cardio Check-up. Schéma réalisé par le Dr Amraoui Sana.

Votre risque, calculé et personnalisé

À l’issue du bilan, je ne regarde pas chaque chiffre isolément : j’estime votre risque cardiovasculaire global, c’est-à-dire la probabilité de faire un infarctus ou un AVC dans les 10 ans. Ce calcul repose sur le score SCORE2, recommandé en Europe, qui tient compte de l’âge, du sexe, de la tension, du cholestérol et du tabagisme7. Les personnes qui ont déjà une maladie cardiovasculaire, un diabète ou une insuffisance rénale sont d’emblée considérées à risque élevé ou très élevé2.

Ce risque global change tout : un même taux de cholestérol n’a pas la même signification chez une personne de 45 ans sans autre facteur de risque que chez une personne diabétique et fumeuse. Les objectifs sont donc fixés pour vous : LDL-cholestérol cible, de moins de 1,16 g/L à moins de 0,55 g/L selon le risque8, tension artérielle6, équilibre du diabète9, poids et activité physique2,10.

Vous repartez avec des conseils concrets, qui portent sur l’alimentation (voir le régime hypocholestérolémiant), l’activité physique ou l’arrêt du tabac. Si besoin, un traitement est proposé.

Et après ?

Si tout est normal, c’est une excellente nouvelle, et ce bilan devient votre point de référence. Il n’existe pas d’intervalle optimal formellement établi : selon votre niveau de risque, je propose en général de renouveler l’évaluation tous les 2 à 5 ans2.

Si un facteur de risque ou une anomalie est découvert, un suivi adapté est mis en place, avec un rythme de consultations défini ensemble. La plupart des anomalies dépistées tôt se corrigent très bien.

En résumé

Un bilan cardiovasculaire n’est pas réservé aux personnes malades : c’est un moment pour faire le point, comprendre son risque et agir avant qu’il ne soit trop tard. À partir de 40 ans chez l’homme, de 50 ans chez la femme, plus tôt en cas de facteurs de risque, d’antécédents familiaux ou de grossesse compliquée, et avant la reprise d’un sport intense : c’est le bon moment pour prendre soin de votre cœur.