Vous êtes suivi pour votre tension, votre rythme cardiaque ou votre cœur, vos traitements sont bien pris, vos examens réguliers. Et pourtant, une partie du problème peut se jouer la nuit, pendant le sommeil. L’apnée du sommeil est l’un des facteurs de risque cardiovasculaire les plus fréquents et les plus souvent méconnus. Voici ce que l’on sait de ses effets sur le cœur, chez quels patients je la recherche, et comment on la traite.
Une question que je pose à tous mes patients
En consultation, je parle de tension, de cholestérol, de tabac, d’activité physique. Mais je pose aussi systématiquement la question : « Comment dormez-vous ? » Beaucoup de patients sont surpris : quel rapport entre le sommeil et le cœur ? Un rapport très étroit.
Le syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil concernerait près d’un milliard de personnes de 30 à 69 ans dans le monde, et la grande majorité l’ignore1. Chez les patients atteints d’une maladie cardiovasculaire, il est encore plus fréquent. Tant qu’il n’est pas traité, il continue d’agresser le cœur et les vaisseaux, nuit après nuit2.
L’apnée du sommeil, qu’est-ce que c’est ?
Pendant le sommeil, les muscles de la gorge se relâchent. Chez certaines personnes, les voies aériennes se ferment alors complètement (apnée) ou partiellement (hypopnée) pendant au moins 10 secondes. La respiration s’arrête ou ralentit, l’oxygène baisse dans le sang, puis le cerveau provoque un micro-réveil pour relancer la respiration, le plus souvent sans que l’on s’en rende compte. Pour en savoir plus : le syndrome d’apnées du sommeil.
Ces épisodes peuvent se répéter des dizaines, voire des centaines de fois par nuit. On mesure leur fréquence par l’index d’apnées-hypopnées (IAH), le nombre d’événements par heure de sommeil : l’apnée est dite légère entre 5 et 15, modérée entre 15 et 30, et sévère au-delà de 303.
Pourquoi l’apnée du sommeil abîme le cœur
Chaque apnée est une petite agression pour l’organisme. Répétée toute la nuit, elle pèse sur le système cardiovasculaire par plusieurs mécanismes2 :
- L’hypoxie intermittente : les chutes répétées d’oxygène fragilisent la paroi des artères (dysfonction endothéliale) et favorisent l’inflammation et l’athérosclérose.
- L’activation sympathique : chaque micro-réveil déclenche une décharge d’adrénaline. La tension et la fréquence cardiaque montent en pleine nuit, au moment où le cœur devrait se reposer.
- Les variations de pression intrathoracique : en inspirant contre une gorge fermée, on crée une forte dépression dans le thorax, qui étire les cavités du cœur, en particulier l’oreillette gauche, et augmente le travail du ventricule gauche.
- Un terrain inflammatoire et métabolique défavorable, qui favorise la prise de poids et le diabète.

Chez quels patients faut-il la rechercher ?
Les patients hypertendus. L’apnée du sommeil est la cause secondaire d’hypertension artérielle la plus fréquente : elle est retrouvée chez près de deux tiers des patients dont la tension reste élevée malgré trois traitements (hypertension résistante)4. Une tension qui ne baisse pas la nuit, ou qui monte, doit la faire rechercher5.
Les patients atteints de fibrillation atriale. En cas de fibrillation atriale, les recommandations européennes demandent de rechercher et de traiter l’apnée du sommeil dans le cadre de la prise en charge des facteurs de risque6. Non traitée, elle augmente le risque de récidive après une ablation : dans une étude, les patients dont l’apnée n’était pas traitée récidivaient nettement plus que ceux qui étaient appareillés7.
Les patients insuffisants cardiaques. L’apnée est très fréquente dans l’insuffisance cardiaque, de l’ordre de la moitié des patients. Elle peut être obstructive, ou « centrale » lorsque c’est la commande respiratoire elle-même qui se dérègle2,8.
Les patients coronariens et après un AVC. Après un infarctus du myocarde ou un accident vasculaire cérébral, l’apnée est fréquente. Elle favorise l’athérosclérose et les épisodes de manque d’oxygène du cœur la nuit, et freine la récupération2.
Les patients cumulant les facteurs de risque : surpoids, diabète, syndrome métabolique (facteurs de risque cardiovasculaire).
Les signes qui doivent alerter
- un ronflement fort et régulier, souvent signalé par l’entourage ;
- des pauses respiratoires observées pendant le sommeil ;
- une sensation d’étouffement ou des réveils en sursaut ;
- un sommeil non réparateur, une fatigue dès le réveil ;
- une somnolence dans la journée, au volant, devant un écran ou après le repas ;
- des maux de tête le matin, des envies fréquentes d’uriner la nuit ;
- des troubles de la concentration, de la mémoire ou de l’humeur.
Attention : chez les patients cardiaques, l’apnée est souvent silencieuse. Beaucoup ne ronflent pas de façon marquée et ne se plaignent pas de somnolence : l’absence de symptômes n’exclut pas le diagnostic. C’est pour cela qu’il faut la rechercher activement2,3.
Comment la dépister ? Simplement, et chez vous
Un questionnaire en consultation : l’échelle d’Epworth, qui mesure la somnolence, ou le score STOP-Bang (ronflement, fatigue, apnées observées, tension, IMC, âge, tour de cou, sexe) permettent d’estimer la probabilité d’une apnée9.
Une polygraphie ventilatoire à domicile : c’est l’examen de dépistage de référence en l’absence de comorbidité sévère3. Vous repartez avec un petit boîtier, que vous portez une nuit dans votre lit : il enregistre la respiration, l’oxygène, la fréquence cardiaque et la position. L’examen est indolore et sans hospitalisation. Au cabinet Cardio Check-up, elle est réalisée sur place et ses résultats sont intégrés à votre suivi cardiologique. Dans certains cas, un enregistrement plus complet du sommeil (polysomnographie) peut être proposé.
Traiter l’apnée, c’est aussi soigner son cœur
- La pression positive continue (PPC) : traitement de référence des apnées modérées à sévères. Un petit appareil envoie de l’air sous légère pression par un masque et maintient les voies aériennes ouvertes10.
- L’orthèse d’avancée mandibulaire : une gouttière portée la nuit qui avance légèrement la mâchoire inférieure, alternative dans les formes légères à modérées, ou en cas d’intolérance à la PPC10.
- L’hygiène de vie : perte de poids, réduction de l’alcool le soir, arrêt du tabac, éviter de dormir sur le dos.
Les bénéfices sont rapides sur le sommeil, la somnolence et la qualité de vie. Sur le plan cardiovasculaire, les données sont à la fois encourageantes et nuancées. Les études observationnelles montrent moins d’événements cardiovasculaires chez les patients bien appareillés11, mais le grand essai randomisé SAVE n’a pas montré de réduction significative des événements chez des patients déjà atteints d’une maladie cardiovasculaire, probablement en partie parce que l’appareil n’était porté que 3,3 heures par nuit en moyenne12. Le traitement améliore en revanche la tension, notamment chez les hypertendus résistants, et réduit le risque de récidive de fibrillation atriale4,7.
La clé est l’observance : c’est l’utilisation régulière, toutes les nuits et pendant toute la nuit, qui permet d’en tirer tous les bénéfices.
En résumé
Si vous êtes suivi pour une hypertension, une fibrillation atriale, une insuffisance cardiaque, une maladie coronaire ou après un AVC, l’apnée du sommeil mérite d’être recherchée, même si vous ne vous sentez pas fatigué. Le dépistage est simple et se fait à domicile ; le traitement peut changer vos nuits, votre tension et le contrôle de votre rythme cardiaque. Votre cœur est suivi : prenons aussi soin de vos nuits.
Secrétariat : 07 55 50 52 58




