Infarctus, AVC, artériopathie des jambes : ces maladies surviennent rarement par hasard. Elles résultent le plus souvent de l’accumulation, pendant des années, de facteurs de risque souvent silencieux… et pour beaucoup modifiables. Au cabinet, la prévention commence là : les dépister, les mesurer, et fixer avec chaque patient des objectifs personnalisés. Voici, pour chacun, comment on le recherche et quel objectif viser.

Modifiables ou non : de quoi parle-t-on ?

Un facteur de risque cardiovasculaire est une caractéristique qui augmente la probabilité de développer une maladie du cœur ou des artères : infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral (AVC) ou artériopathie des membres inférieurs. On distingue les facteurs non modifiables (l’âge, le sexe, les antécédents familiaux) et les facteurs modifiables, sur lesquels on peut agir.

Leur poids est considérable. Dans une vaste analyse portant sur 1,5 million de personnes dans 34 pays, cinq facteurs modifiables (tension artérielle, cholestérol, diabète, tabac et poids) expliquaient plus de la moitié des maladies cardiovasculaires survenues en dix ans1. Dans l’étude INTERHEART, neuf facteurs modifiables, en y ajoutant le stress, l’alimentation, l’activité physique et l’alcool, expliquaient plus de 90 % du risque d’infarctus2. Autrement dit, la prévention est efficace.

Facteurs de risque cardiovasculaire : mes repères
Les principaux facteurs de risque modifiables, leur dépistage et leur objectif, les facteurs non modifiables et l’évaluation du risque global. Schéma réalisé par le Dr Amraoui Sana.

L’hypertension artérielle

C’est le facteur de risque le plus répandu. Son diagnostic repose sur des mesures répétées : une tension supérieure ou égale à 140/90 mmHg au cabinet doit être confirmée en dehors du cabinet, par automesure (135/85 mmHg ou plus) ou par MAPA, le Holter tensionnel sur 24 heures (130/80 mmHg ou plus), notamment pour écarter un effet blouse blanche3.

Objectif : sous traitement, les recommandations européennes visent une pression systolique entre 120 et 129 mmHg lorsque le traitement est bien toléré, avec une cible adaptée chez les personnes âgées ou fragiles3. Pour en savoir plus : l’hypertension artérielle.

Le diabète

Le diabète double environ le risque d’infarctus et d’AVC4. Il est diagnostiqué par une glycémie à jeun supérieure ou égale à 1,26 g/L, contrôlée à deux reprises, ou par une hémoglobine glyquée (HbA1c, qui reflète l’équilibre du sucre dans le sang sur les trois derniers mois) supérieure ou égale à 6,5 %5.

Objectif : une HbA1c inférieure à 7 % dans la plupart des cas, à adapter à l’âge et aux autres maladies. Chez le patient diabétique, la prévention cardiovasculaire est globale : tension, cholestérol, poids et tabac comptent autant que la glycémie. Certains traitements récents du diabète ont en outre démontré un effet protecteur sur le cœur et les reins5.

Le cholestérol

Un excès de LDL, le « mauvais » cholestérol, favorise le dépôt de plaques d’athérome dans la paroi des artères. Il est recherché par un bilan lipidique : cholestérol total, LDL, HDL et triglycérides.

Objectif : il dépend du risque global, d’un LDL inférieur à 1,16 g/L chez les personnes à risque faible à un LDL inférieur à 0,55 g/L chez celles à risque très élevé, par exemple après un infarctus. La lipoprotéine (a), en grande partie héréditaire, mérite d’être dosée au moins une fois dans la vie6. Pour agir dans l’assiette : le régime hypocholestérolémiant.

Le tabac

C’est l’un des facteurs les plus nocifs, et le plus évitable : il abîme la paroi des artères, accélère l’athérosclérose et favorise la formation de caillots. On le quantifie en paquets-années : un paquet par jour pendant un an correspond à un paquet-année.

Objectif : l’arrêt complet et définitif, avec un accompagnement et des substituts nicotiniques si besoin. Les bénéfices commencent dès les premières semaines, à tout âge7. Pour en savoir plus : le tabac et les maladies cardiovasculaires.

Le surpoids et l’obésité

On les évalue par l’indice de masse corporelle (IMC : le poids divisé par la taille au carré) et par le tour de taille, reflet de la graisse abdominale, la plus nocive pour les artères.

Objectif : un IMC inférieur à 25 kg/m², et un tour de taille inférieur à 94 cm chez l’homme et à 80 cm chez la femme. Au-delà de 102 cm chez l’homme et de 88 cm chez la femme, une perte de poids est recommandée7. Perdre ne serait-ce que quelques kilos améliore déjà la tension, le cholestérol et la glycémie.

La sédentarité

Le manque d’activité physique favorise la prise de poids, l’hypertension, le diabète et un profil de cholestérol défavorable. À l’inverse, une activité régulière renforce le cœur et améliore la circulation.

Objectif : au moins 150 à 300 minutes d’activité d’intensité modérée par semaine (marche rapide, vélo, natation), ou 75 à 150 minutes d’activité intense, complétées par du renforcement musculaire deux fois par semaine, et moins de temps passé assis7. Chaque pas compte : dans une analyse de 15 cohortes internationales, la mortalité diminuait progressivement avec le nombre de pas quotidiens, jusqu’à environ 6 000 à 8 000 pas par jour après 60 ans, et 8 000 à 10 000 avant 60 ans8.

Le stress chronique

Un stress chronique ou mal géré favorise l’hypertension, les troubles du rythme cardiaque et les comportements à risque : tabac, sédentarité, alimentation déséquilibrée. Dans l’étude INTERHEART, un stress permanent, au travail ou à la maison, multipliait par environ deux le risque d’infarctus9.

Prise en charge : activité physique, techniques de respiration comme la cohérence cardiaque, et accompagnement adapté si besoin. J’y consacre un article : stress chronique et rythme cardiaque.

Le sommeil

Le sommeil est désormais reconnu comme un pilier de la santé cardiovasculaire : un adulte a besoin de 7 à 9 heures par nuit10. Le syndrome d’apnées du sommeil, fréquent et souvent méconnu, favorise l’hypertension, la fibrillation atriale et les accidents cardiovasculaires. Ronflements, pauses respiratoires remarquées par l’entourage ou fatigue au réveil doivent le faire rechercher, par une polygraphie ventilatoire, un enregistrement d’une nuit à domicile.

L’âge, le sexe et les antécédents familiaux

Le risque augmente naturellement avec l’âge, et apparaît plus tôt chez l’homme. Chez la femme, il augmente nettement après la ménopause, et certaines situations propres à la femme doivent être connues : une prééclampsie ou un diabète pendant la grossesse, ou une ménopause précoce, augmentent le risque cardiovasculaire futur7.

Des antécédents familiaux précoces, c’est-à-dire un infarctus ou un AVC chez un parent du premier degré avant 55 ans chez l’homme ou avant 65 ans chez la femme, constituent aussi un facteur de risque. On ne peut pas les modifier, mais ils justifient un dépistage plus précoce et un suivi plus attentif. D’autres maladies augmentent enfin le risque : insuffisance rénale chronique, maladies inflammatoires chroniques comme la polyarthrite rhumatoïde ou le psoriasis, ou certains traitements du cancer7.

L’évaluation globale du risque

Un facteur de risque ne s’interprète jamais seul : c’est leur combinaison qui détermine le risque. Pour l’estimer, les recommandations européennes utilisent le score SCORE2, qui calcule le risque d’infarctus, d’AVC ou de décès cardiovasculaire à 10 ans à partir de l’âge, du sexe, de la pression artérielle, du cholestérol et du tabagisme11. Une version adaptée est utilisée après 70 ans.

Ce score ne s’applique pas aux personnes qui ont déjà une maladie cardiovasculaire, un diabète ou une insuffisance rénale, considérées d’emblée à risque élevé ou très élevé7. Le risque est classé faible à modéré, élevé ou très élevé, avec des seuils qui varient selon l’âge. C’est cette évaluation qui fixe l’intensité de la prévention et les objectifs, en particulier pour le cholestérol et la tension.

C’est tout l’objet du bilan cardiovasculaire : faire le point sur chaque facteur, estimer le risque global et construire avec vous un plan de prévention personnalisé.

En résumé

Tension, cholestérol, diabète, tabac, poids, activité physique, stress et sommeil : la plupart des facteurs de risque cardiovasculaire sont silencieux, mais ils se dépistent simplement et se corrigent. Les connaître, les mesurer et viser des objectifs adaptés à votre profil permet de réduire nettement le risque d’infarctus et d’AVC. La prévention, c’est maintenant.