Le cœur et les artères savent donner l’alerte, mais leurs signaux sont parfois discrets, ou trompeurs. Les reconnaître permet de consulter au bon moment, et d’appeler le 15 sans attendre lorsque c’est nécessaire. Voici les symptômes à connaître, ce qu’ils peuvent révéler selon la partie du système cardiovasculaire en cause, et les examens qui permettent d’y voir clair. Avec un rappel essentiel : certaines maladies ne donnent aucun symptôme.
Pourquoi les connaître ?
Face à un infarctus, chaque minute compte : plus l’artère est débouchée tôt, plus le muscle cardiaque est préservé. Les recommandations insistent sur l’appel immédiat des secours dès les premiers symptômes, plutôt que de se rendre à l’hôpital par ses propres moyens1. Or beaucoup de patients attendent, et les femmes consultent en moyenne plus tardivement, notamment parce que leurs symptômes sont moins typiques2.
En dehors de l’urgence, reconnaître un symptôme permet d’orienter le bilan : une douleur thoracique, un essoufflement, des palpitations ou un malaise ne pointent pas vers les mêmes maladies, ni vers les mêmes examens.
Les artères du cœur : la maladie coronaire
La douleur évocatrice, l’angor (ou angine de poitrine), est une sensation de serrement, de poids, de brûlure ou de barre derrière le sternum, qui peut s’étendre au bras gauche, à la mâchoire, au cou ou au dos. Elle est typiquement déclenchée par l’effort ou une émotion, et cède en quelques minutes au repos3.
Elle peut aussi être remplacée par d’autres signes : essoufflement à l’effort, fatigue, sueurs, nausées ou sensation de malaise. Ces formes sont plus fréquentes chez les femmes, les personnes diabétiques et les personnes âgées2,3.
Signe d’alarme : une douleur qui survient au repos, qui dure plus de 20 minutes ou qui s’aggrave doit faire appeler le 15, car elle peut traduire un infarctus du myocarde en cours1.

Le muscle cardiaque et les valves
L’essoufflement (ou dyspnée) est le symptôme principal de l’insuffisance cardiaque, lorsque le cœur ne pompe plus assez efficacement. Son intensité est classée en quatre stades : aucune gêne dans la vie courante (stade I), essoufflement pour des efforts habituels (stade II), pour des efforts légers (stade III), ou au repos (stade IV)4. S’y ajoutent souvent le besoin de dormir avec plusieurs oreillers (orthopnée), des réveils nocturnes avec une sensation d’étouffement, des chevilles qui gonflent, une prise de poids rapide et une fatigue inhabituelle.
Les maladies des valves peuvent donner les mêmes signes. Le rétrécissement aortique, la maladie valvulaire qui nécessite le plus souvent une intervention en Europe, se manifeste par un essoufflement, une douleur thoracique ou un malaise à l’effort. L’apparition de ces symptômes est un tournant : elle doit faire discuter rapidement un traitement de la valve5.
Le diagnostic repose sur l’échographie cardiaque, complétée par le dosage des peptides natriurétiques (BNP ou NT-proBNP), des hormones libérées par le cœur lorsqu’il est en souffrance4.
Le rythme cardiaque
C’est mon domaine de spécialité. Les palpitations sont le symptôme le plus fréquent des troubles du rythme : un cœur qui bat trop vite, trop fort, de façon irrégulière, ou qui semble « sauter » un battement6. Leur description oriente déjà le diagnostic :
- des battements qui « sautent », suivis d’un coup plus fort, évoquent des extrasystoles, le plus souvent bénignes ;
- un cœur rapide et régulier, qui démarre et s’arrête brutalement, évoque une tachycardie jonctionnelle, comme la maladie de Bouveret7 ;
- un rythme rapide et totalement irrégulier évoque une fibrillation atriale.
Un rythme trop lent (bradycardie), des pauses ou un trouble de la conduction électrique du cœur peuvent, eux, provoquer une fatigue, un essoufflement, des vertiges ou une perte de connaissance brutale, parfois sans aucun signe annonciateur. Un malaise qui survient pendant un effort, en position allongée ou après des palpitations doit faire consulter rapidement8.
À l’inverse, une partie des fibrillations atriales ne donne aucun symptôme et n’est découverte que par hasard, parfois à l’occasion d’un AVC9. La clé du diagnostic est d’enregistrer le cœur au moment des symptômes : ECG, Holter ECG, ou montre connectée capable d’enregistrer un électrocardiogramme.
Le cerveau et les artères
Une douleur du mollet, parfois de la cuisse ou de la fesse, qui apparaît à la marche et disparaît en quelques minutes au repos, évoque une artériopathie oblitérante des membres inférieurs : les artères des jambes sont rétrécies. Ce n’est pas une urgence, mais c’est le signe d’une athérosclérose souvent diffuse, qui justifie un bilan du cœur et des autres artères. Une jambe qui devient brutalement froide, pâle et douloureuse est, en revanche, une urgence10.
Les signes d’AVC apparaissent brutalement : visage qui se déforme, faiblesse ou engourdissement d’un bras ou d’une jambe, trouble de la parole ou de la vue. Retenez le mot VITE : Visage paralysé, Inertie d’un membre, Trouble de la parole, En urgence, appelez le 15.
Lorsque ces signes disparaissent en quelques minutes, on parle d’accident ischémique transitoire (AIT). C’est aussi une urgence : le risque d’AVC est maximal dans les jours qui suivent, et une prise en charge rapide en filière spécialisée permet de le réduire nettement11.
Quand il n’y a aucun symptôme
Beaucoup de maladies cardiovasculaires restent longtemps silencieuses : l’hypertension artérielle, l’excès de cholestérol, le diabète, une fibrillation atriale peu symptomatique, ou une maladie coronaire chez la personne diabétique, chez qui le manque d’oxygène du cœur peut être indolore. Elles ne se révèlent parfois que par une complication. C’est tout l’intérêt de la prévention : un bilan cardiovasculaire permet de les dépister avant qu’elles ne s’expriment, et d’agir sur les facteurs de risque.
Quand appeler le 15 ?
Que se passe-t-il en consultation ?
La consultation commence par un interrogatoire précis : nature des symptômes, circonstances, durée, facteurs déclenchants et antécédents. L’examen clinique comprend l’auscultation du cœur et des artères, la mesure de la tension et la recherche d’œdèmes, et un ECG est réalisé dans la foulée. Selon la piste, les examens sont ensuite choisis : échographie cardiaque, Holter ECG ou tensionnel, épreuve d’effort, écho-Doppler des artères, bilan sanguin ou coroscanner. L’objectif est de poser un diagnostic, mais aussi de rassurer lorsque le bilan est normal, ce qui est fréquent.
En résumé
Douleur thoracique, essoufflement, palpitations, malaise, douleur des jambes à la marche ou signes neurologiques : chaque symptôme oriente vers une partie du système cardiovasculaire et vers des examens précis. Certains imposent d’appeler le 15 sans attendre ; d’autres justifient une consultation rapide. Et parce que de nombreuses maladies restent silencieuses, le bilan de prévention garde toute sa place, même lorsque tout va bien.
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