Quand on parle de santé des femmes, on pense souvent au cancer du sein, rarement à l’infarctus. Pourtant, les maladies cardiovasculaires sont la première cause de décès chez les femmes dans le monde. Leurs symptômes sont souvent différents, certains facteurs de risque leur sont propres, et elles sont encore trop souvent diagnostiquées tard. Voici ce que chaque femme devrait savoir sur son cœur, et ce que j’observe en consultation.

On pense cancer du sein, rarement infarctus

Pendant longtemps, l’infarctus a été considéré comme une maladie d’homme, stressé et fumeur, dans la cinquantaine. Cette image a la vie dure, et elle a des conséquences bien réelles. Les maladies cardiovasculaires sont responsables d’environ un décès féminin sur trois dans le monde, et les femmes ont été longtemps sous-représentées dans les essais cliniques, ce qui explique en partie un dépistage et un traitement moins systématiques1.

Le risque d’AVC au cours de la vie est d’ailleurs plus élevé chez les femmes que chez les hommes2. Les hormones féminines, en particulier les œstrogènes, exercent bien un effet protecteur sur les artères, mais cette protection est partielle, elle diminue nettement après la ménopause, et elle ne résiste pas aux facteurs de risque comme le tabac ou le diabète.

Des symptômes souvent différents

Chez l’homme, l’infarctus se manifeste le plus souvent par une douleur typique : intense, au milieu de la poitrine, en étau, irradiant vers le bras gauche ou la mâchoire. Chez la femme, cette douleur est la plus fréquente, mais elle peut être moins nette, voire absente : dans une grande étude de plus d’un million de patients, 42 % des femmes n’avaient pas de douleur thoracique au moment de leur infarctus, contre 31 % des hommes, cette différence étant plus marquée chez les plus jeunes3. Les symptômes sont alors plus trompeurs4 :

  • une fatigue intense et inhabituelle, parfois plusieurs jours avant ;
  • un essoufflement sans raison apparente ;
  • des nausées, des vomissements ou des douleurs au creux de l’estomac, que l’on prend pour une indigestion ;
  • une douleur dans le dos, entre les omoplates, dans la mâchoire, le cou ou les bras ;
  • des sueurs, des vertiges, une sensation de malaise ou d’angoisse.

Parce que ces signes ressemblent à du stress, de la fatigue ou un problème digestif, les femmes appellent plus tard les secours, et le diagnostic est parfois retardé, alors que lors d’un infarctus, chaque minute compte3,4.

Voir aussi : les symptômes à connaître.

Le cœur des femmes
Les signes de l’infarctus chez la femme et les moments clés pour faire le point sur son cœur. Schéma réalisé par le Dr Amraoui Sana.

Des facteurs de risque propres aux femmes

Certains moments de la vie d’une femme ont un impact direct sur son cœur et ses vaisseaux1.

La contraception hormonale. Les pilules œstroprogestatives augmentent le risque d’infarctus et d’AVC ischémique, dans des proportions qui restent faibles en valeur absolue chez la jeune femme sans facteur de risque5. Ce risque est en revanche majoré par le tabac, l’hypertension, la migraine avec aura et l’âge, en particulier après 35 ans. Dans ces situations, une autre contraception est souvent préférable : parlez-en à votre médecin ou à votre gynécologue.

La grossesse. Une prééclampsie, une hypertension ou un diabète gestationnel ne sont pas de simples complications passagères : elles signalent un risque cardiovasculaire accru dans les années qui suivent, la prééclampsie doublant environ le risque de maladie cardiovasculaire ultérieure6. Ces femmes méritent un suivi cardiovasculaire, y compris lorsque tout semble rentré dans l’ordre après l’accouchement. Par ailleurs, une grossesse chez une femme atteinte d’une maladie cardiaque doit être préparée avec le cardiologue7.

La ménopause. La baisse des œstrogènes s’accompagne souvent d’une hausse de la tension artérielle, du cholestérol et du tour de taille. Le risque cardiovasculaire rejoint progressivement celui de l’homme. Une ménopause précoce, avant 40 ans, est associée à un risque cardiovasculaire plus élevé8.

D’autres situations à connaître : le syndrome des ovaires polykystiques, l’endométriose, les maladies inflammatoires et auto-immunes (lupus, polyarthrite rhumatoïde) ou certains traitements du cancer du sein, qui peuvent retentir sur le cœur1.

Des facteurs de risque qui pèsent plus lourd chez la femme

Les grands facteurs de risque sont les mêmes que chez l’homme, mais certains ont un impact plus marqué chez la femme :

  • le tabac : le sur-risque coronaire associé au tabagisme est environ 25 % plus élevé chez la femme que chez l’homme9 ;
  • le diabète, qui fait perdre la protection hormonale : le risque coronaire associé est environ 44 % plus élevé chez la femme diabétique que chez l’homme diabétique10 ;
  • le stress, l’anxiété et la dépression, plus fréquents chez la femme, et dont le lien avec les maladies cardiovasculaires est établi1 ;
  • la sédentarité et le surpoids, en particulier la graisse abdominale.

Ces facteurs sont détaillés dans l’article sur les facteurs de risque cardiovasculaire.

Des maladies cardiaques plus fréquentes chez la femme

La dissection coronaire spontanée. Une déchirure se forme dans la paroi d’une artère du cœur et provoque un infarctus. Elle touche très majoritairement des femmes, souvent jeunes et sans facteur de risque classique, parfois pendant la grossesse ou après l’accouchement. Elle reste sous-diagnostiquée11.

Le syndrome de Tako-Tsubo, ou « syndrome du cœur brisé ». Il mime un infarctus, mais les artères coronaires sont normales. Il touche environ neuf femmes sur dix, le plus souvent après la ménopause, dans les suites d’un stress émotionnel ou physique intense. Il est le plus souvent réversible, mais nécessite une prise en charge en urgence12.

La maladie des petites artères du cœur. Chez certaines femmes, la douleur ne vient pas des grosses artères coronaires, mais des toutes petites artères du muscle cardiaque (angor microvasculaire). Les examens classiques peuvent être normaux, ce qui retarde parfois le diagnostic : des examens spécifiques existent13.

Quand faire un bilan cardiovasculaire ?

Chez la femme, certains moments sont particulièrement importants pour faire le point :

  • à la ménopause, ou à partir de 50 ans1 ;
  • après une grossesse compliquée : prééclampsie, hypertension, diabète gestationnel6 ;
  • avant de débuter ou de poursuivre une contraception œstroprogestative, en cas de tabagisme, d’hypertension ou d’antécédents familiaux5 ;
  • en cas d’antécédents familiaux de maladie cardiovasculaire précoce ;
  • en cas de symptômes inhabituels, même s’ils paraissent banals : essoufflement, fatigue à l’effort, palpitations.

Le déroulement d’un bilan au cabinet est détaillé dans l’article « Mon cœur va bien… vraiment ? ».

En résumé

Le cœur des femmes n’est pas un cœur d’homme en plus petit. Les symptômes de l’infarctus y sont souvent plus discrets, certains facteurs de risque sont propres aux femmes, et certaines maladies les touchent davantage. Écoutez votre corps, n’hésitez pas à consulter si quelque chose vous paraît inhabituel, et profitez des moments clés de votre vie, comme la grossesse ou la ménopause, pour faire le point sur votre cœur. Prendre soin de son cœur, c’est aussi prendre soin de soi.